Jean-Baptiste Lully

Persée

Tragédie

Libretto von Philippe Quinault

Uraufführung: 18.04.1682, Théâtre du Palais-Royal, Paris

Acteurs du Prologue

La Vertu
Phronime, Suivant de la Vertu
Megathyme, Autre Suivant de la Vertu
Troupe de Suivans de la Vertu
Troupe de Suivantes de la Vertu
L’innocence
Les Plaisirs innocens
La Fortune
La Magnificence
L’abondance
Troupe de Suivans de la Fortune
Troupe de Suivantes de la Fortune

Prologue

Le Theatre represente un Boccage.

Phronime et Megatyme.

PHRONIME.
La Vertu veut choisir ce lieu pour sa retraite;
C’est un heureux séjour, tout y plaît à mes yeux.
MEGATHYME.
La vertu fait trouver dans les plus tristes lieux
Une felicité secrette.
PHRONIME.
Sans la vertu, sans son secours,
On n’a point de bien veritable.
Elle est toujours aimable,
Il faut l’aimer toujours.
MEGATHYME.
Elle éternise la memoire
D’un Heros qui la suit,
La gloire où la vertu conduit
Est la parfaite gloire.
PHRONIME ET MEGATHYME.
Suivons par tout ses pas.
On ne peut la connoître
Sans aimer ses appas,
Le bonheur ne peut être
Où la vertu n’est pas.

La Vertu s’avance au milieu d’une Troupe de Suivans et de Suivantes. L’Innocence et les Plaisirs innocens accompagnent la Vertu.

PHRONIME, MEGATHYME, ET LE CHOEUR.
O! Vertu charmante?
Votre empire est doux.
Avec vous, tout nous contente
On n’est point heureux sans vous,
O! Vertu charmante!
Votre empire est doux.
LA VERTU.
Ne vous abusez point par une vaine attente:
On n’a pas aisément les prix que je presente;
Ils coûtent mille efforts, ils font mille jaloux.
L’inconstante Fortune à me nuire est constante;
Lorsque l’on suit mes pas on s’expose à ses coups;
On trouve en son fatal couroux
Une Hydre toujours renaissante.
MEGATHYME.
Avec vous rien n’épouvente.
PHRONIME.
On n’est point heureux sans vous.
MEGATHYME, PHRONIME ET LE CHOEUR.
O! Vertu charmante!
Votre empire est doux.
LA VERTU.
Fuions de la Grandeur la pompe embarassante.
La retraite a des biens dont la douceur enchante,
Et qui sont reservez, pour nous;
Joüissons du bonheur d’une vie innocente.
C’est le bien le plus grand de tous.
MEGATHYME, PHRONIME, ET LE CHOEUR.
O! Vertu charmante!
Votre empire est doux.
Avec vous, tout nous contente,
On n’est point heureux sans vous.
O! vertu charmante!
Votre empire est doux.

L’Innocence, les Plaisirs innocens, et toute la suite de la vertu témoignent leur joie en dansant et en chantant.

PHRONIME ET MEGATHYME.
La Grandeur brillante
Qui fait tant de bruit,
N’a rien qui nous tente;
Le repos la fuit,
Malheureux qui la suit.
Fortune volage!
Laissez-nous en paix;
Vous ne donnez jamais
Qu’un pompeux esclavage:
Tous vos biens n’ont que de faux attraits.
Dans un doux azile
Nous bornons nos voeux;
Notre sort est tranquile,
C’est un bien qui doit nous rendre hereux.

La Vertu couronne
Ses Amans constans:
Heureux qui lui donne
Ses soins, et son temps;
Ses voeux seront contens.
Fortune volage!
Laissez-nous en paix!
Vous ne donnez jamais
Qu’un pompeux esclavage;
Tous vos biens n’ont que de faux attraits.
Dans un doux azile
Nous bornons nos voeux!
Notre sort est tranquile,
C’est un bien qui doit nous rendre heureux.

Le lieu champêtre que la Vertu a choisi pour retraite, est tout à coup embelli d’ornemens magnifiques. On voit sortir de terre un Parterre de Fleurs, deux rangs de Statues des Berceaux dorez, et des Fontaines jallissantes.

LA VERTU.
Qui nous fait voir ici tant de magnificence?
C’est la Fortune qui s’avance

On entend le bruit éclatant d’un grand nombre d’Instrumens. La Fortune s’aproche, l’Abondance et la Magnificence l’accompagnent, avec une suite richement parée. Tout se réjoüit et tout danse autour de la Fortune.

LA VERTU.
Me cherchez-vous quand je vous fuis?
Fortune, je sai trop que vous m’êtes contraire.
Non, ce n’est pas un soin qui vous soit ordinaire
D’embellir les lieux où je suis.
LA FORTUNE.
Effaçons du passé la memoire importune,
J’ai toujours contre vous vainement combattu:
Un auguste Heros ordonne à la Fortune
D’être en paix avec la Vertu.
LA VERTU.
Ah! je le reconnois sans peine,
C’est le Heros qui calme l’Univers.
LA FORTUNE.
Lui seul, pour vous, pouvoir vaincre ma haine,
Il vous revere, et je le sers.

Je l’aime constamment, moi qui suis si legere.
Par tout, suivant ses voeux: avec ardeur je cours,
Vous paroissez toujours severe,
Et vous êtes toujours
Ses plus cheres amours.
LA VERTU.
Mes biens brillent moins que les vôtres;
Vous trouvez tant de coeurs, qui n’adorent que vous:
Vous les enchantez presque tous.
LA FORTUNE.
Vous régnez sur un coeur qui vaut seul tous les autres.
Ah! s’il m’eût voulu suivre il eût tout surmonté,
Tout trembloit, tout cedoit à l’ardeur qui l’anime;
C’est vous, Vertu trop magnanime,
C’est vous qui l’avez arrêté.
LA VERTU.
Son grand coeur s’est mieux fait connoître,
Il a fait sur lui-même un effort genereux;
Il veut rendre le Monde heureux;
Il préfere au bonheur d’en devenir le Maître,
La gloire de montrer qu’il merite de l’être.
LA VERTU ET LA FORTUNE.
Sans cesse combattons à qui servira mieux,
Ce Heros glorieux.
LA VERTU, LA FORTUNE, ET LES CHOEURS.
Les Dieux ne l’ont donné que pour le bien du Monde,
Que ses Travaux sont grands! Que ses Destins sont beaux!
Dans une paix profonde,
Il trouve une source féconde
Des Triomphes nouveaux.
Les Dieux ne l’ont donné que pour le bien du Monde.
LA FORTUNE.
Que jusques dans les Jeux, tout nous parle de lui.
Les Dieux qui meditoient leur plus parfait Ouvrage
Autrefois dans Persée en tracerent l’image;
J’obtiendrai qu’Apollon le ranime aujourd’hui,
LA VERTU ET LA FORTUNE.
Mille nouveaux Concerts doivent se faire entendre;
Tout promet au merite un favorable sort.
Quel bien ne doit-on pas attendre
De notre heureux accord?

La suite de la Vertu, et la suite de la Fortune se réunissent, et témoignent leur joie par leurs Danses, et par leurs Chants.

Une Suivante de la Vertu, et une Suivante de la Fortune chantent ensemble.

Quel heureux jour pour nous!
Tout suit notre envie;
Quel heureux jour pour nous!
Que notre sort est doux!
La Vertu voit en paix ceux qui l’ont suivie,
La Fortune pour eux perd son fatal couroux.
Quel heureux jour pour nous!
Tout suit notre envie;
Quel heureux jour pour nous!
Que notre sort est doux.
Tous nos jours seront beaux, goûtons bien la vie.
Rien ne trouble nos voeux, le Ciel les comble tous,
Quel heureux jour pour nous!
Tout suit notre envie.
Quel heureux jour pour nous!
Que notre sort est doux!
LA VERTU, LA FORTUNE, ET LES CHOEURS.
Heureuse intelligence,
Douce et charmante Paix,
Comblez notre esperance.
Douce et charmante Paix
Puissiez-vous durer à jamais.

Fin du Prologue.

Acteurs de la Tragedie

Cephée, Roi d’Ethiopie
Cassiope, Reine, Epouse de Cephée
Merope, Soeur de Cassiope
Andromede, Fille unique de Cephée et de Cassiope
Phinée, Frere de Cephée, à qui Andromede a été promise
Troupe de Suivans de Cephée
Troupe de Suivans de Cassiope
Troupes d’Ethiopiens et d’Ethiopiennes
Quadrilles de jeunes Hommes, choisis pour disputer les prix des jeux junontens
Quadrille de jeunes Filles choisies pour les mêmes jeux
Amphimedon,
Corité,
Protenor, Ethiopiens
Persée, Fils de Jupiter et de Danaé, Amant d’Andromede
Mercure
Troupe de Cyclopes
Troupe de Nymphes Guerrieres de la suite de Pallas
Troupe de Divinitez Infernales
Meduse,
Euryale,
Stenone, Les trois Gorgones
Troupe de Monstres formez du sang de Meduse
Idas, un des Courtisans de Cephée
Troupe de Matelots
Troupe de Matelottes
Le Grand Prêtre du Dieu Hymenée
Suite du Grand Prêtre
Troupe de Courtisans de Cephée
Troupe de Combattans du parti de Phinée
Troupe de Combattans du parti de Cephée et de Persée
Venus
L’Amour
Troupe d’Amours
L’Hymenée
Les Graces
Les jeux

Acte I.

Le Theatre represente une Place publique magnifiquement ornée, et disposée pour celebrer des Jeux à l’honneur de Junon.

Scene premiere.

Cephée, Cassiope, Merope. Suite.

CEPHÉE.
Je crains que Junon ne refuse
D’apaiser sa haine pour nous:
Je crains malgré nos voeux que l’affreuse Meduse
Ne revienne servir son funeste couroux
PERSÉE.
L’Ethiopie, en vain, à mes loix est soûmise;
Quelle esperance m’est permise
Si le Ciel contre Nous veut toujours être armé?
Que me sert toute ma puissance?
Contre ce Monstre affreux mon peuple est sans défense;
Qui le voit, est soudain en rocher transformé;
Et si Junon que votre orgueil offence
N’arrête sa vengeance,
Je serai bien-tôt Roi d’un peuple inanimé.
CASSIOPE.
Heureuse épouse, heureuse Mere,
Trop vaine d’un sort glorieux,
Je n’ai pû m’empêcher d’exciter la colere
De l’épouse du Dieu de la Terre et des Cieux.
J’ai comparé ma gloire à sa gloire immortelle.
La Déesse puoit ma frerté criminelle:
Mais j’espere fléchir son couroux rigoureux.
J’ordonne les celebres Jeux,
Qu’à l’honneur de Junon en ces lieux on prépare;
Mon orgueil offensa cette Divinité;
Il faut que mon respect répare
Le crime de ma vanité.
CEPHÉE.
Je vais avec Persée, implorer l’assistance
Du Dieu dont il tient la naissance.
Il est fils du plus grand des Dieux,
Appaisez de Junon la colere fatale;
Ce seroit pour elle en ces lieux
Un objet odieux
Qu’un fils de sa Rivale.
CASSIOPE.
Par un cruel châtiment,
Les Dieux nous font voir leur haine;
On les irrite aisément,
On les appaise avec peine.
CEPHÉE.
Les Dieux punissent la fierté,
Il n’est point de grandeur que le Ciel irrité
N’abaisse quand il veux et ne réduise en poudre;
Mais un prompt repentir
Peut arrêter la foudre
Toute prête à partir.
MEROPE.
Puissions-nous desarmer le Ciel qui nous menace.
CEPHÉE, CASSIOPE ET MEROPE.
O Dieux! qui punissez l’audace!
Dieux! redoutables Ennemis!
Nous vous demandons grace,
Pardonnez à des coeurs soûmis.

Scene II.

Cassiope, Merope.

CASSIOPE.
Phinée est destiné pour épouser ma fille.
Vous savez mes desseins pour vous,
Ma Soeur, par votre himen, il m’auroit été doux
D’unir Persée à ma famille:
Mais je le veux en vain, l’amour n’y consent pas:
Aux yeux de ce Heros ma fille a trop d’appas.
MEROPE.
Le Fils de Jupiter l’adore;
Croiez-vous que je sois encore
A m’en apercevoir?
J’y prens trop d’intérêt pour ne le pas savoir.

Je goûtois une paix heureuse
Avant que ce Heros parut dans cette Cour;
Par une esperance trompeuse,
Falloit-il me livrer au pouvoir de l’Amour?
CASSIOPE.
Cachez bien la foiblesse où votre coeur s’engage.
MEROPE.
Mon Vainqueur encore aujourd’hui
Ignore de mon coeur le funeste esclavage;
Je mourrois de honte et de rage,
Si l’Ingrat connoissoit l’amour que j’ai pour lui.
CASSIOPE.
De chagrin, et de colere,
Votre coeur est déchiré;
Vous perdez l’espoir de plaire;
Peut-on trop tôt se défaire
D’un amour desesperé?
Appellez le dépit: que votre amour lui cede;
Sortez par son secours d’un tourment si fatal.
MEROPE.
Le triste secours qu’un remede
Plus cruel encor que le mal!
CASSIOPE.
Pour prendre soin des jeux, il faut que je vous quitte;
Par mes conseils votre douleur s’irrite.
CASSIOPE ET MEROPE.
Le tems seul peut guerir
Les maux que l’Amour fait souffrir.

Scene III.

MEROPE seule.
Ah! je garderai bien mon coeur,
Si je puis le reprendre.
Venez juste dépit, venez, c’est trop attendre,
Brisez des fers pleins de rigueur;
Hâtez-vous de me rendre
De mon premier repos la charmante douceur.
Ah! je garderai bien mon coeur,
Si je puis le reprendre.
Helas! mon coeur soupire; et ce soupir trop tendre
Va, malgré mon dépit, rappeller ma langueur:
L’Amour est toujours mon vainqueur,
Et si je veux en vain m’en défendre,
Ah! j’ai trop engagé mon coeur,
Je ne puis le reprendre.
Andromede vient voir les jeux,
Phinée avec elle s’avance;
L’espoir de leur hymen flate encore mes voeux,
Et c’est ma derniere esperance.

Scene IV.

Merope, Andromede, Phinée.

ANDROMEDE ET PHINÉE.
Croiez-moi, croiez-moi,
ANDROMEDE ET PHINÉE.
Cessez de craindre.
Cessez de feindre.
ANDROMEDE.
Je veux vous aimer, je le doi.
PHINÉE.
Vous ne m’aimez pas, je le voi.
ANDROMEDE ET PHINÉE.
Cessez de craindre.
Cessez de feindre.
ANDROMEDE ET PHINÉE.
Croiez-moi. Croiez-moi.
MEROPE.
Vous êtes tous deux aimables,
Et vous vous aimez tous deux:
Quels differens sont capables
De rompre de si beaux noeuds?
Que ne souffriront point les Amans miserables,
Si l’Amour a des maux pour les amans heureux?
ANDROMEDE.
Sans raison son chagrin éclate.
PHINÉE.
Perdrai-je sans chagrin mon espoir le plus doux?
Condamnez une ingrate.
ANDROMEDE.
Condamnez un Amant jaloux.
PHINÉE.
Persée a sçu lui plaire, et d’une vaine excuse
Elle veut ébloüir mon amour outragé.
Elle m’aimoit, non, je m’abuse,
Non, puis qu’elle a si tôt changé,
Jamais son coeur pour moi ne fut bien engagé.
ANDROMEDE.
Le devoir sur mon coeur vous donne un juste empire,
Vous ne devés pas craindre un changement fatal:
Un Amant assuré du bonheur qu’il desire
Peut-il être jaloux d’un malheureux rival?
PHINÉE.
Non, je ne puis souffrir qu’il partage une chaîne
Dont le poids me paroît charmant:
Quand vous l’accableriés du plus cruel tourment,
Je serois jaloux de sa peine.
Mais il ne fait point voir de dépit éclatant?
S’il est si malheureux, sa constance m’étonne;
L’Amour que l’espoir abandonne
Est moins tranquile et moins constant.
ANDROMEDE.
Quel plaisir prenés vous à vous troubler vous même?
Et de quoi votre amour peut-il être allarmé?
Je suis votre Rival avec un soin extrême:
A-t’on accoûtumé
De fuir ce que l’on aime?
PHINÉE.
Vous suivez à regret la Gloire, et le devoir
En fuiant un Amant à vos yeux trop aimable.
Vous l’avez trouvé redoutable,
Puisque vous craignez de le voir.
ANDROMEDE.
Tout vous fait peur, tout vous irrite,
Vous m’aprenez à craindre un Heros glorieux.
Je ne veux point voir son merite.
Votre importun soupçon veut-il m’ouvrir les yeux,
ANDROMEDE.
Tout vous fait peur, tout vous irrite,
Vous m’aprenez à craindre un Heros glorieux.
Je ne veux point voir son merite,
Votre importun soupçon veut-il m’ouvrir les yeux.
PHINÉE.
Ah! si vous le flatiez, de la moindre esperance;
Le Dieu qu’il vous fait croire auteur de sa naissance
Dût-il faire éclater son foudroyant couroux,
Ne le sauveroit pas de mon transport jaloux.
ANDROMEDE.
Juste Ciel!
PHINÉE.
Vous tremblez? Persée a sçu vous plaire,
Si son péril peut vous troubler?
ANDROMEDE.
Le Ciel n’est que trop en colere,
Et vous bravez un Dieu qui peut vous accabler,
C’est pour vous que je dois trembler.
PHINÉE.
Ne vous servez point d’artifice.
ANDROMEDE.
Ne me faites point d’injustice.
Je veux vous aimer, je le doi.
PHINÉE.
Vous ne m’aimez pas, je le voi.

Andromede et Phinée.

ANDROMEDE ET PHINÉE.
Cessez de craindre.
Cessez de feindre.
ANDROMEDE ET PHINÉE.
Croiez-moi, croiez-moi.
MEROPE.
Il craint autant qu’il aime,
Vous devez l’excuser.
L’amour extrême
Sert d’excuse lui- même
Aux craintes qu’il a sçu causer.
MEROPE, ANDROMEDE ET PHINÉE.
Ah! que l’amour cause d’allarmes!
Ah! que l’amour auroit d’attraits,
S’il ne troubloit jamais
La douceur de ses charmes!
Ah! que l’amour auroit d’attraits,
Si l’on aimoit toujours en paix!
ANDROMEDE.
Mon devoir est pour vous, mon devoir peut suffire
A vous faire un tranquile espoir.
PHINÉE.
Ne serez-vous jamais parler que le devoir?
L’amour n’a-t-il rien à me dire?
ANDROMEDE.
Les jeux vont commencer plaçons-nous pour les voir.

Scene V.

Cassiope, Andromede, Merope, Phinée, Troupe de Suivants de Cassiope, qui portent les prix, Quadrilles de jeunes personnes choisies pour les jeux. Choeur de Spectateurs.

CASSIOPE.
O Junon! puissante Déesse!
Qu’on ne peut assez reverer!
J’assemble en votre nom cette aimable jeunesse
Que le flambeau d’hymen doit bien tôt éclairer.
Chacun va montrer son adresse
Pour disputer les prix que j’ai fait préparer.
Ne gardez pas pour nous une haine implacable:
Si l’orgueil me rendit coupable,
Je reconnois mon crime et veux le réparer
Voiez d’un regard favorable
Les Jeux qu’en votre honneur nous allons celebrer.
LE CHOEUR.
Laissés calmer votre colere?
O Junon! exaucez nos voeux?
Si nous pouvions vous plaire,
Que nous serions heureux!

On commence les Jeux en disputant le Prix de la Danse.

Scene VI.

Amphimedon, Corite, Protenor, et les mêmes Acteurs de la Scene précedente.

AMPHIMEDON.
Fuions, nos voeux sont vains, et Junon les refuse.
De nouveaux malheureux en Rochers convertis,
Ne nous ont que trop avertis
Qu’ils ont vû paroître Meduse.
CORITE.
Meduse revient dans ces lieux.
PROTENOR.
Gardons-nous de la voir, la mort est dans ses yeux.

Tous ensemble en fuiant.

Fuions ce Monstre terrible.
Sauvons-nous, s’il est possible;
Sauvons-nous, hâtons nos pas,
Fuions un affreux trépas.

Fin du premier Acte.

Acte II.

Le Theatre change, et represente les jardins du Palais de Cephée.

Scene premiere.

CASSIOPE, MEROPE ET PHINÉE.
Faut-il que contre nous tout le Ciel s’intéresse?
Dieux! ne puis-je esperer de vous fléchir jamais?
PHINÉE.
J’ai conduit ici la Princesse.
MEROPE.
Persée a ramené le Roi dans ce Palais.
PHINÉE.
Meduse se retire, elle nous laisse en paix.
CASSIOPE.
Elle peut revenir, elle peut nous surprendre,
Junon s’obstine à se vanger;
Contre elle aucun des Dieux n’a soin de nous défendre;
Mon seul espoir est d’engager
Jupiter à nous proteger.
PHINÉE.
Je vous entends, je sai quelle est votre esperance.
Persée a beau vanter sa divine naissance,
Apres votre promesse, après le choix du Roi,
Andromede doit être à moi.
CASSIOPE.
Le Ciel punit mon crime, il est inexorable,
J’ai besoin de secours dans un mortel effroi.
PHINÉE.
Ah! si le Ciel est équitable,
Vous trouveroit-t-il moins coupable
Si vous m’aviez manqué de foi.
MEROPE.
Il est aimé de ce qu’il aime,
Vous avez aprouvé ses voeux;
Briserez vous des noeuds
Que vous avez formez vous-même?
Que le desespoir est affreux
Pour un amour extrême
Qui s’étoit flâté d’être heureux!
PHINÉE ET MEROPE.
Briserez vous des noeuds
Que vous avez formez vous-même.

Scene II.

Cephée, Phinée, Cassiope, Suite.

PHINÉE.
Seigneur, vous m’avez destiné
A l’Himen fortuné
De l’aimable Andromede.
A l’amour de Persée on veut que je la cede;
M’ôterez-vous un bien que vous m’avez donné.
CEPHÉE.
Au Fils de Jupiter on peut ceder sans honte.
PHINÉE.
Et croiez-vous aussi la Fable qu’il raconte?
Croiez-vous qu’un Dieu souverain
Qui sur tout l’Univers preside,
Se laissa par l’amour changer en or liquide,
Pour entrer en secret dans une Tour d’airain?
Par ce prodige imaginaire,
Persée est reveré du credule vulgaire;
Il se dit Fils du Dieu dont le Ciel suit la loi,
Mais je ne prétens pas l’en croire sur sa foi.
CEPHÉE.
Votre incredulité n’aura donc plus d’excuse,
Mon frere, sa valeur va vous ouvrir les yeux;
Reconnoissés le Fils du plus puissant des Dieux,
Il offre de couper la tête de Meduse.
MEROPE, CASSIOPE ET PHINÉE.
La Tête de Meduse! ô Cieux!
CEPHÉE.
Ma fille est le prix qu’il demande.
CASSIOPE ET CEPHÉE.
Quel prix peut trop paier cet effort glorieux.
PHINÉE.
Le succés n’est pas sur, souffrez que je l’attende;
Souffrez que cependant mon amour se défende
D’abandonner un bien si précieux;
Persée encor n’est pas victorieux.

Scene III.

Cephée, Cassiope, Merope.

CEPHÉE.
L’Espoir dans nos coeurs doit renaître,
Dieux que Junon engage à servir son couroux,
Dieux irritez, apaisez-vous?
La vengeance du Ciel n’a que trop sçu paroître,
Le Fils de Jupiter veut combattre pour nous,
O Ciel! favorisez le Fils de votre Maître.

Ils repetent ensemble les deux derniers Vers.

Scene IV.

MEROPE seule.
Helas! il va périr! dois-je en trembler? pourquoi.
Pour l’Amant d’Andromede ai je pris tant d’effroi?
Faut-il que mon dépit s’oublie?
Quel intérêt ai je à sa vie?
Il vivroit pour une autre, il est perdu pour moi.
Cependant quand je songe à son péril extrême,
Quand je le voi chercher un horrible trépas,
Sans songer qu’il ne m’aime pas,
Je sens seulement que je l’aime.

Scene V.

Andromede, Merope.

ANDROMEDE rêvant.
Infortunez, qu’un Monstre affreux
A changez en rochers par ses regards terribles,
Vous ne ressentez plus vos destins rigoureux,
Et vos coeurs endurcis sont pour jamais paisibles:
Hélas! les coeurs sensibles
Sont mille fois plus malheureux.
MEROPE á part.
Andromede semble interdite,
Elle vient rêver en ces lieux:
Ah! je reconnoi dans ses yeux
Le même trouble qui m’agite.
ANDROMEDE rêvant.
Il ne m’aime que trop, et tout me sollicite
De l’aimer à mon tour:
C’est du plus grand des Dieux qu’il a reçu le jour
Dans nos périls mortels l’amour le précipite,
Le moien de tenir contre tant de mérite?
Et contre tant d’amour?
MEROPE.
Ah! vous aimez Persée, il cause vos allarmes:
N’en desavoüez point vos larmes,
Vos tendres sentimens se sont trop exprimez.
Vous l’aimez.
ANDROMEDE.
Vous l’aimez
L’espoir de son Hymen avoir charmé votre âme,
Et je sai les projets que vous aviez formez:
Je voi que le dépit n’éteint pas votre flame,
Persée est en péril, et vous vous allarmez,
Vous l’aimez.
MEROPE.
Vous l’aimez.
ANDROMEDE ET MEROPE.
Ah! qu’un tendre coeur est à plaindre
D’être réduit à feindre!
Quel tourment ne fait point souffrir
Un malheureux amour que l’on ne peut éteindre,
Et quel l’on n’ose découvrir?
Ah! qu’un tendre coeur est à plaindre
D’être réduit à feindre!
MEROPE.
Il est vrai, le dépit veut en vain m’animer,
Je sens que la pitié desarme ma colere;
Persée est un ingrat qui ne me peut aimer,
Il n’a pas laissé de me plaire.
Il vous a trop aimée! helas!
Comment ne l’aimeriez-vous pas?
ANDROMEDE.
L’amour qu’il a pour moi l’engage
A chercher à se perdre avec empressement;
Ne me reprochez point ce funeste avantage,
Je le paierai cherement.
MEROPE.
Unissons nos regrets, le même amour nous lie;
Qu’importe à qui de nous Persée offre ses voeux?
Nous l’allons perdre toutes deux,
Son péril nous réconcilie.
ANDROMEDE ET MEROPE.
Ce Heros s’expose pour nous:
Sa perte est infaillible!
Ha! qu’il vive, s’il est possible,
Quand il vivroit pour vous.
ANDROMEDE.
Il faut que mon amour se cache et se trahisse …
O Ciel! il va partir! il me cherche en ces lieux.
MEROPE.
Je veux m’épargner le supplice
D’être témoin de vos adieux.

Scene VI.

Persée, Andromede.

PERSÉE.
Belle Princesse, enfin, vous souffrez ma presence.
ANDROMEDE.
Seigneur, on me l’ordonne, et je suis mon devoir.
PERSÉE.
Vous voulez me faire sçavoir
Que je ne doi ce bien qu’à votre obéissance.
N’importe, rien ne peut ébranler ma constance:
J’ai sçu jusqu’à ce jour vous aimer sans espoir;
Je vais avec plaisir prendre votre défense,
Quand je n’aurois pour récompense
Que la seule douceur que je sens à vous voir.
ANDROMEDE.
Non, ne vous flâtez pas, je veux ne vous rien taire;
Vous m’aimez vainement, Phinée a sçu me plaire:
Il est choisi pour être mon époux;
Nos deux coeurs sont unis quel prix esperez-vous?
D’une entreprise dangereuse?
Quand vous seriez vainqueur, votre ame est genereuse,
Et vous ne voudrez pas rompre des noeuds si doux?
PERSÉE.
Je serai malheureux, desesperé, jaloux,
Mais mourrai content si vous vivez heureuse.
ANDROMEDE.
O Dieux!
PERSÉE.
De mes regards vos beaux yeux sont blessez,
Vous souffrez à me voir, mon amour vous outrage:
Je vais chercher Meduse, et je vous aime assez,
Pour ne vous pas contraindre à souffrir davantage.
ANDROMEDE.
Quoi, pour jamais vous me quittez?
Persée, arrêtez, arrêtez.
PERSÉE.
Qu’entens-je! ô Cieux! belle Princesse!
Que voi-je! vous versez des pleurs!
ANDROMEDE.
Ah! par l’excés de mes douleurs,
Connoissez, s’il se peut, l’excés de ma tendresse?
Voiez à quoi j’avois recours
Pour vous ôter l’ardeur qui vous fait entreprendre
Un combat funeste à vos jours?
Helas! que n’ai je pû me rendre
Indigne de votre secours!
Que n’êtes-vous moins magnanime!
Meduse d’un regard porte un trépas certain.
PERSÉE.
Vous pourriez être sa victime.
ANDROMEDE.
Tout l’effort des Mortels contre elle seroit vain.
PERSÉE.
Le Fils de Jupiter, lors que l’amour l’anime,
Doit aller au-delà de tout l’effort humain.
ANDROMEDE.
Par les fraieurs d’un amour tendre
Ne serez-vous point desarmé?
PERSÉE.
J’ignorois votre amour, et j’allois vous défendre;
Puis-je à vous secourir être moins animé;
Quand je sçai que je suis aimé?
ANDROMEDE.
Quoi, vous partez?
PERSÉE.
L’amour m’appelle.
ANDROMEDE.
Vous méprisez mes pleurs! mes cris sont superflus?
PERSÉE.
Vous me verrez comblé d’une gloire immortelle …
ANDROMEDE.
Helas! nous ne vous verrons plus!
PERSÉE ET ANDROMEDE.
Ah! votre péril est extrême!
Je voi votre danger, je ne voi pas le mien.
Dieux! sauvés ce que j’aime?
Et pour moi-même
Je ne demande rien.
Dieux! sauvés ce que j’aime?

Scene VII.

Mercure, Persée.

MERCURE, sortant des Enfers.
Persée, où courés-vous? qu’allés-vous entreprendre?
PERSÉE.
Un peuple infortuné m’engage à le défendre,
C’est à la gloire que je cours.
Si je meurs, mon trépas sera digne d’envie,
Je laisse le soin de mes jours
Au Dieu qui m’a donné la vie.
MERCURE.
Ce Dieu juste et puissant favorise vos voeux,
Et c’est par ma voix qu’il explique;
Il reconnoît son sang à l’effort genereux
Que vous allez tenter d’une ardeur heroïque
Pour secourir des malheureux,
Mais ce n’est point en temeraire
Qu’il faut dans le péril précipiter vos pas:
L’assistance des Dieux vous sera necessaire,
Ils veulent vous l’offrir ne la négligez pas.
Je viens d’aprendre à toute la nature,
Que Jupiter s’interesse en vos jours;
La jalouse Junon vainement en murmure,
Et tout, jusqu’aux Enfers, vous promet du secours.

Scene VIII.

Mercure, Persée, Troupe des Cyclopes.

Des Cyclopes viennent en dansant donner à Persée de la part de Vulcain une épée, et des Talonnieres aîlées semblables à celles de Mercure.

UN DES CYCLOPES.
C’est pour vous que Vulcain de ses mains immortelles,
A forgé cette épée et préparé ces aîles.
Hâtés-vous de vous signaler
Par une celebre victoire,
Chacun doit aller à la gloire,
Mais un Heros y doit voler.

Scene IX.

Mercure, Persée, Troupe de Cyclopes, troupe de Nymphes Guerrieres.

Une des Nymphes Guerrieres presente à Persée de la part de Pallas un Bouclier de Diamant, elle chante en lui faisant ce present, et les autres Nymphes Guerrieres dansent.

UNE NYMPHE GUERRIERE.
Le plus vaillant Guerrier s’abuse
D’oser tout esperer de l’effort de son bras.
Si vous voulés vaincre Meduse,
Portés le Bouclier de la sage Pallas.
Que la Valeur et la prudence
Quand elles sont d’intelligence,
Achevent d’exploits glorieux!
Le Monstre le plus furieux
Leur fait vainement résistance:
La paix ne peur regner que par leur assistance,
L’Univers leur doit son bonheur.
Rien ne peut mieux donner un immortel honneur
Que la valeur et la prudence,
Quand elles sont d’intelligence.

Scene X.

Mercure, Persée, Troupe de Cyclopes, Troupe de Nymphes Guerrieres, Troupe de Divinitez infernales.

Les Divinitez infernales sortent des Enfers, et apportent le Casque de Pluton qu’elles presentent à Persée. Une de ces Divinitez chante, et les autres dansent.

UNE DIVINITÉ INFERNALE.
Ce Casque vous est presenté
Au nom du Souverain de l’Empire des Ombres.
Au milieu du péril pour votre sureté,
Il répandra sur vous l’épaisse obscurité
Qui regne en nos Demeures sombres.
Ce Don mysterieux doit aprendre aux humains
Comme on peut s’assurer d’un succés favorable;
Il faut cacher de grands desseins
Sous un secret impenetrable.

Mercure, et les Choeurs des Cyclopes, des Nymphes Guerrieres, et des Divinitez Infernales.

Que l’Enfer, la Terre, et les Cieux,
Que tout l’Univers favorise
Votre genereuse entreprise.
Que l’Enfer, la Terre, et les Cieux,
Que tout l’Univers favorise
Le Fils du plus puissant des Dieux.
MERCURE.
Votre conduite à mes soins est commise,
L’impatience éclate dans vos yeux.
La gloire qui vous est promise
Ne peut plus souffrir de remise;
Suivés-moi, partons de ces lieux.

Mercure et Persée volent, et les Choeurs chantent.

Que l’Enfer, la Terre, et les Cieux,
Que tout l’Univers favorise
Le Fils du plus puissant des Dieux.

Fin du second Acte.

Acte III.

Le Theatre change, et represente l’Antre des Gorgones.

Scene premiere.

Meduse, Euriale, Stenone.

MEDUSE.
J’ai perdu la beauté qui me rendit si vaine:
Je n’ai plus ces cheveux si beaux
Dont autrefois le Dieu des Eaux
Sentit lier son coeur d’une si douce chaîne.
Pallas la barbare Pallas
Fut jalouse de mes appas,
Et me rendit affreuse autant que j’étois belle:
Mais l’excés étonnant de la difformité
Dont me punit sa cruauté,
Fera connoître en dépit d’elle
Quel fut l’excés de ma beauté.
Je ne puis trop montrer sa vengeance cruelle:
Ma Tête est fiere encor d’avoir pour ornement
Des Serpens dont le sifflement
Excite une fraieur mortelle.

Je porte l’épouvante et la mort en tous lieux;
Tout se change en rocher à mon aspect horrible:
Les traits que Jupiter lance du haut des Cieux
N’ont rien de si terrible
Qu’un regard de mes yeux.

Les plus grands Dieux du Ciel, de la Terre, et de l’Onde,
Du soin de se venger se reposent sur moi:
Si je pers la douceur d’être l’amour du monde,
J’ai le plaisir nouveau d’en devenir l’effroi.
MEDUSE, EURIALE ET STENONE.
O! le doux emploi pour la rage!
De causer un affreux ravage!
Heureuse la Fureur
Qui remplit l’Univers d’horreur!

Les trois Gorgones entendent un doux concert.

MEDUSE, EURIALE ET STENONE.
Dans ce triste séjour qui peut nous faire entendre
Le doux bruit qui nous vient surprendre!
Jamais ici Mortel avec impunité
Ne porta sa vuë indiscrete
Quels concerts! quelle nouveauté!
Qui peut chercher l’horreur secrete
De notre fatale retraite?
C’est Mercure qui vient dans cet Antre écarté.

Scene II.

Mercure, Meduse, Euriale, et Stenone.

MEDUSE.
Mon terrible secours vous est-il necessaire?
De superbes Mortels osent t’ils vous déplaire?
Faut-t’il vous en venger? faut-il armer contre eux
Le funeste courroux de mes Serpens affreux?
Où faut il que ma fureur vole?
Vous n’avez qu’à nommer malheureux
Que vous voulez que je desole.
MERCURE.
C’est toujours mon plus cher desir
De voir tout l’Univers dans une paix profonde.
Ne vous lassés vous point du barbare plaisir
De troubler le repos du monde?
MEDUSE.
Puis-je causer jamais des malheurs assez grands
Au gré de la fureur qui de mon coeur s’empare?
C’est des Dieux cruels que j’aprens
A devenir barbare.
MERCURE.
Il est vrai qu’un fatal couroux
A trop éclaté contre vous;
Vous n’avez eu que trop de charmes.
Sans Pallas, sans ses rigueurs,
Vous n’auriez troublé les coeurs
Que par de douces allarmes.
MEDUSE.
Que sert-t’il de m’entretenir
D’un bien trop tôt passé qui ne peut revenir?
Je n’en ressens que trop la perte irreparable;
Ah! quand on se trouve effroiable.
Que c’est un cruel souvenir
De songer que l’on fût aimable!
MERCURE.
Je ne puis dans votre malheur
Vous offrir qu’un sommeil paisible.
MEDUSE.
Avec une vive douleur
Le repos est incompatible.
MERCURE.
O! tranquile sommeil, que vous êtes charmant!
Que vous faites sentir un doux enchantement
Dans la plus triste solitude!
Votre divin pouvoir calme l’inquietude:
Vous savés adoucir le plus cruel tourment.
O tranquile sommeil, que vous êtes charmant!
MERCURE parlant aux Gorgones.
Joüissés du repos dans ce lieu solitaire.
LES GORGONES.
Non, ce n’est que pour la colere
Que nos coeurs malheureux sont faits:
Non, le repos ne peut nous plaire,
Nous y renonçons pour jamais.
Non, ce n’est que pour la colere
Que nos coeurs malheureux sont faits.
MERCURE touchant les trois Gorgones de son Caducée.
Il faut ceder, il faut vous rendre
Au charme qui va vous surprendre.
LES TROIS GORGONES.
Il faut nous rendre malgré nous,
Au charme d’un sommeil trop doux.

Les trois Gorgones s’endorment.

Scene III.

Persée, Mercure, Les Gorgones endormies.

MERCURE.
Persée, aprochés-vous, Meduse est endormie,
Avancez sans bruit, surprenez
Une si terrible Ennemie.
Si vous osez la voir, c’est fait de votre vie …
PERSÉE.
Je suivrai les conseils que vous m’avés donnés.
MERCURE.
Je vous laisse au milieu d’un peril redoutable.
Je ne puis plus rien pour vos jours.
Cherchés votre dernier secours
Dans un courage inébranlable.
PERSÉE.
Un prix qui me doit charmer
M’est offert par la Victoire:
Quel peril peut m’allarmer?
L’Amour et la Gloire
S’unissent pour m’animer.

Mercure se retire, Persée tenant son Bouclier devant ses yeux, aproche de Meduse, il lui coupe la tête; et la cache dans une Escharpe pour l’emporter avec lui.

Scene IV.

Persée, Les Gorgones.

PERSÉE.
Le Monde est délivré d’un Monstre si terrible,
Le Ciel s’est servi de mon bras . …

Euriale et Stenone s’éveillent au bruit de la voix de Persée, et courent à l’endroit où elles l’ont entendu parler.

Tu fais perir Meduse? Ah! Traître, tu mourras.
Qu’il meure d’un trépas horrible.

Les deux Gorgones veulent attaquer Persée, mais la vertu secrete du casque qu’il porte les empêche de le voir.

Mais qui peut le rendre invisible?
Meduse après sa mort trouble encore l’Univers.
C’est son sang qui produit tant de Monstres divers.

Chrysaor, Pegase, et plusieurs autres Monstres de figure bizarre et terrible, se forment du sang de Meduse. Chrysaor et Pegase volent, quelques uns des autres Monstres s’élevent aussi dans l’air, quelques autres rampent, les autres courent, et tous cherchent Persée qui est caché à leurs yeux par la vertu du casque de Pluton qu’il a sur la tête.

EURIALE ET STENONE.
Monstres, cherches votre victime.
Vengez le sang qui vous anime.
Servez nos fureurs; armez-vous.
Vengeons Meduse, vengeons nous.

Scene V.

Mercure, Persée, Euriale, et Stenone.

MERCURE.
Persée, allez, volez, où l’Amour vous appelle.
Gorgones, desormais vous serez sans pouvoir:
Ce lieu n’est pas pour vous un séjour assez noir
Venez dans la nuit éternelle.

Persée vole, et emporte la tête de Meduse. Les Monstres qui s’efforcent de le suivre, tombent avec Euriale et Stenone dans les Enfers, où Mercure les contraint de descendre.

EURIALE ET STENONE.
Des Gouffres profonds sont ouverts:
Ah! nous tombons dans les Enfers.

Fin du troisième Acte.

Acte IV.

Le Theatre change, et represente la Mer, et un rivage bordé de Rochers.

Scene premiere.

Troupe d’Ethiopiens, Phinée et Merope.

TROUPE D’ETHIOPIENS.
Courons, courons tous admirer,
Le Vainqueur de Meduse.
PHINÉE.
Persée est de retour, chacun court l’honorer;
Et le bonheur public va me desesperer.
Non, non, il n’est plus temps qu’un vain espoir m’abuse.
SECONDE TROUPE D’ETHIOPIENS.
Courons, courons tous admirer
Le Vainqueur de Meduse.
MEROPE.
Allons en secret soupirer:
Non, je ne puis plus me montrer
Triste comme je suis, intetdite et confuse.
TROISIÈME TROUPE D’ETHIOPIENS.
Courons, courons tous admirer
Le Vainqueur de Meduse.

Scene II.

Phinée et Merope.

PHINÉE.
Nous ressentons mêmes douleurs,
Fuions une foule importune:
D’une plainte commune
Déplorons nos communs malheurs.
MEROPE.
Que l’Amour a pour moi de chagrins et d’allarmes
Que Persée à mon coeur coûte de déplaisirs!
Sou départ, ses dangers m’ont fait verser des larmes,
Et son heureux retour m’arrache des soupirs.
Persée est revenu, mais c’est pour Andromede.
Pour m’offrir à ses yeux, l’ardeur qui me possède
M’a fait empresser vainement;
Il n’a rien vû que ce qu’il aime,
Il n’a pas daigné même
S’apercevoir de mon empressement,
Et tous les soins de mon amour extrême
N’ont pas été paiés d’un regard seulement.
PHINÉE.
Que le Ciel pour Persée est prodigue en miracles!
Qui, n’eût pas cru qu’un Monstre furieux
M’auroit débarassé d’un Rival odieux?
Cependant malgré mille obstacles,
Mon Rival est victorieux.
Il s’est fait des routes nouvelles,
Il a volé pour hâter son retour;
Et Mercure et l’Amour
Ont pris soin à l’envi de lui prêter des ailes.
Le Peuple croit lui tout devoir;
On entend de son nom, retentir ce rivage.
Le Roi s’est empressé d’honorer son courage,
Chacun jusqu’en ces lieux l’est venu recevoir.
Qu’Andromede a paru contente de le voir!
Quel triomphe pour lui! quel charmant avantage!
Et pour moi quelle rage!
Et quel horrible desespoir!

La Mer s’irrite, les flots s’élevent, et s’étendent sur le rivage.

PHINÉE ET MEROPE.
Les Vents impetueux s’échapent de la chaîne
Qui les forçoit d’être en repos.
Une tempête soudaine
Soûleve les flots.

Mer vaste, mer profonde,
Dont les flots sont émûs par les vents en courroux,
Les coeurs amoureux et jaloux
Sont plus agitez que votre onde,
Les coeurs amoureux et jaloux
Sont cent fois plus troublez que vous.

Scene III.

Idas, Troupe d’Ethiopiens, Phinée et Merope.

IDAS ET LES ETHIOPIENS.
O Ciel inexorable!
O malheur déplorable!
PHINÉE ET MEROPE à part.
Qui pourroit traverser ces trop heureux Amans!

En parlant aux Ethiopiens.

D’où naissent vos gémissemens?
IDAS.
L’implacable Junon cause notre infortune,
Elle arme contre nous l’Empire de Neptune;
Un Monstre en doit sortir qui viendra devorer
L’innocente Andromede;
Et Thetis et ses Soeurs viennent de déclarer
Qu’il n’est plus permis d’esperer
De voir finir nos maux sans ce cruel remede.
Les Tritons ont saisi la Princesse à nos yeux:
Et le pouvoir des Dieux
Nous a rendus tous immobiles.
C’est sur ces bords qu’au Monstre on la doit exposer:
Pour son secours, Persée en vain veut tout oser,
Ses efforts seront inutiles.
Il faut ceder aux Dieux, il faut ceder au sort
Dont Andromede est pour suivie.
Croioit-on voir finir une si belle vie
Par une si terrible mort?

La Ethiopiens se placent sur les rochers qui bordent le rivage.

IDAS ET LES ETHIOPIENS.
O sort inexorable!
O malheur déplorable!
Princesse infortunée, helas!
Vous méritiez un sort plus favorable:
Vous ne méritiez pas
Un si cruel trépas.
O sort inexorable!
O malheur déplorable!
PHINÉE.
Les Dieux ont soin de nous venger;
Le plaisir que je sens avec peine se cache.
MEROPE.
Verrés-vous sans douleur, Andromede en danger?
PHINÉE.
Est-ce à moi que la mort l’arrache?
C’est à Persée à s’affliger.
L’Amour meurt dans mon coeur, la rage lui succede.
J’aime mieux voir un Monstre affreux
Devorer l’ingrate Andromede,
Que la voir dans les bras de mon Rival heureux.
Attendons que son sort finisse,
Observons tout d’un lieu plus écarté.

Scene IV.

Cephée, Cassiope, troupe d’Ethiopiens placez, sur les Rochers.

CEPHÉE ET CASSIOPE sur le Rivage.
Ah! quel effroiable suplice!
Dieux! ô Dieux! quelle cruauté!
CEPHÉE.
Je pers ma fille, helas! le Ciel propice
Me la donna pour ma felicité:
Aujourd’hui le Ciel irrité
Veut qu’un Monstre me la ravisse.
Ciel! que j’ai toujours respecté,
Ne m’avés-vous long-tems conservé la clarté,
Que pour me faire voir cet affreux sacrifice?
CEPHÉE ET CASSIOPE.
Ah! quel effroiable suplice!
Dieux! ô Dieux! quelle cruauté!
CASSIOPE.
C’est ma funeste vanité,
C’est mon crime, grands Dieux! qu’il faut que l’on punisse,
Ma fille n’en est pas complice,
Et vos foudres vengeurs contre elle ont éclaté!
Dieux! pouvés-vous vouloir qu’Andromede perisse?
Sa jeunesse, ni sa beauté,
N’ont-elles rien qui vous fléchisse?
La Vertu, l’Innocence, a- t’elle merité
Les rigueurs de votre justice?
CEPHÉE ET CASSIOPE.
Ah! quel effroiable suplice!
Dieux! ô Dieux! quelle cruauté!

Les Tritons et les Nereïdes paroissent dans la Mer. Les Tritons environnent Andromede, et l’attachent à un Rocher.

Scene V.

Troupe de Nereïdes, Troupe de Tritons.

Andromede, Cephée, Cassiope, Troupe d’Ethiopiens.

CEPHÉE.
Que j’expie en mourant un si funeste crime.
CASSIOPE.
Que par pitié j’obtienne une mort legitime.
Cruels, n’attachez pas ma fille à ce Rocher,
C’est moi qu’il y faut attacher.
CEPHÉE, CASSIOPE ET LE CHOEUR DES ETHIOPIENS.
Divinitez des flots, quel couroux vous anime
Contre une innocente victime?
C’est notre unique espoir, faut-il nous l’arracher?
Nos voeux, nos pleurs, nos cris, rien ne vous peut toucher.
ANDROMEDE.
Dieux! qui me destinez une mort si cruelle,
Helas! pourquoi me flatiés-vous
De l’espoir d’un destin si doux?
Vous dont je tiens la vie, et vous peuple fidelle,
Joüissez par ma mort d’une paix éternelle:
Je vais fléchir les Dieux irritez contre nous;
Et si ma Mere est criminelle,
C’est moi qui dois calmer le celeste couroux
Par le sang que j’ai reçu d’elle;
Heureuse de périr pour le salut de tous!
Un souvenir charmant qu’en mourant je rapelle,
Les appas, les douceurs d’une amour mutuelle,
Sont de mon sort fatal les plus terribles coups;
Le fils de Jupiter eut été mon époux,
Ah! que ma vie eut été belle!
Dieux! qui me destinez une mort si cruelle,
Helas! pourquoi me flatiez-vous,
De l’espoir d’un destin si doux.
UN TRITON.
Tremblés, superbe Reine;
Tremblés, Mortels audacieux;
Que votre orgueil aprenne
Combien votre grandeur est vaine;
Tremblés, Mortels audacieux;
Redoutés le couroux des Dieux.
CASSIOPE.
Ah! quelle vengeance inhumaine!
CEPHÉE.
Andromede?
CASSIOPE.
Ma Fille?
ANDROMEDE.
O Cieux!
CASSIOPE.
Que les Dieux sont cruel! qu’ils sont ingenieux
A faire ressentir leur haine!
CEPHÉE.
Andromede?
CASSIOPE.
Ma Fille?
ANDROMEDE.
O Cieux!

Le Monstre paroît.

CEPHÉE, CASSIOPE ET LES ETHIOPIENS.
Le Monstre aproche de ces lieux,
Ah! quelle vengeance inhumaine!
LES NEREÏDES ET LES TRITONS.
Tremblés, Mortels audacieux,
Redoutez le couroux des Dieux.
ANDROMEDE.
Je ne voi point Persée, et je flatois ma peine
Du triste espoir de mourir à ses yeux.
CEPHÉE, CASSIOPE ET LES ETHIOPIENS.
Voiez voler ce Heros glorieux.

Scene VI.

Persée en l’air, et les mêmes Acteurs sur le Rivage, sur les Rochers, et dans la Mer.

ANDROMEDE.
A s’exposer pour moi, c’est en vain qu’il s’obstine.
Persée vole et combat le Monstre.
LES NEREÏDES ET LES TRITONS.
Temeraire Persée arrêtés, respectez
La vengeance divine.
CEPHÉE, CASSIOPE ET LES ETHIOPIENS.
Magnanime Heros, combattés, remportés
Le prix que l’Amour vous destine.
LES NEREÏDES ET LES TRITONS.
Le Fils de Jupiter brave notre couroux.
TOUS ENSEMBLE.
Le Monstre expire sous ses coups.
THETIS ET TRITON.
Junon a vainement cherché notre assistance,
Nous nous vantions en vain d’achever sa vengeance;
Et Persée a pour lui des Dieux plus forts que nous.
LES NEREÏDES ET LES TRITONS.
Descendons sous les ondes:
Notre honte se doit cacher;
Allons chercher
Des Retraites profondes.
Descendons sous les ondes.

La Mer s’apaise, les flots s’abaissent, et se retirent.

Scene VII.

Persée, Andromede, Cephée, Cassiope, et les Ethiopiens.

ANDROMEDE, CASSIOPE ET CEPHÉE.
Le Monstre est mort, Persée en est vainqueur,
Persée est invincible.

Les Ethiopiens repetent ces deux Vers pendant que Persée délie Andromede.

Le Montre est mort, Persée en est vainqueur,
Persée est invincible.
CEPHÉE ET CASSIOPE.
Quand l’Amour anime un grand coeur
Il ne trouve rien d’impossible.
PERSÉE ET ANDROMEDE.
Ah! que votre danger me paroissoit terrible!
LES ETHIOPIENS.
Le Monstre est mort, Persée en est vainqueur,
Persée est invincible.

Les Ethiopiens descendent des Rochers, et témoignent leur joie en chantant et en dançant. Des Matelots et des Matelottes se mêlent dans la réjoüissance publique. Un des Ethiopiens chante au milieu des Matelots qui dancent.

UN DES ETHIOPIENS.
Notre espoir alloit faire naufrage,
Nous goûtons enfin un heureux sort.
Quel bonheur d’échaper à l’orage!
Quel plaisir d’en retracer l’image
Quand on est au Port!
CEPHÉE.
Honorons à jamais le glorieux Heros,
Qui nous donne un heureux repos.
Sa Valeur à son gré fait voler la Victoire:
Tour à tour la Terre et les Flots
Sont le Theatre de sa gloire.
Honorons à jamais le glorieux Heros,
Qui nous donne un heureux repos.

Andromede, Cassiope et les Ethiopiens, repetent les Vers que Cephée a chantez, et les Matelots et les Matelottes dansent en réjouissance de la délivrance Andromede.

UN DES ETHIOPIENS.
Que n’aimés-vous
Coeurs insensibles?
Que n’aimés-vous?
Rien n’est si doux.
Non, ne vous vantés pas d’être invincibles;
Les Dieux, les plus grands Dieux ont aimé tous.
LE CHOEUR.
Que n’aimés-vous
Coeurs insensibles?
Que n’aimés-vous?
Rien n’est si doux.
UN DES ETHIOPIENS.
L’Amour n’a plus de traits terribles
Pour un coeur qui cede à ses coups.
LE CHOEUR.
Que n’aimés-vous
Coeurs insensibles?
Que n’aimés-vous?
Rien n’est si doux.
UN DES ETHIOPIENS.
Pour un Amant
Tendre et fidelle,
Pour un Amant,
Tout est charmant.
L’espoir nourrit ses feux, sa chaîne est belle,
Il se fait un plaisir de son tourment.
LE CHOEUR.
Pour un Amant
Tendre et fidelle,
Pour un Amant,
Tout est charmant.
UN DES ETHIOPIENS.
Heureux on coeur qu’Amour appelle:
Malheureux, s’il tarde un moment!
LE CHOEUR.
Pour un Amant
Tendre et fidelle,
Pour un Amant,
Tout est charmant.

Fin du quatrième Acte.

Acte V.

Le Theatre change, et represente le lieu préparé pour Nôces de Persée et d’Andromede.

Scene premiere.

MEROPE seule.
O Mort! venez finir mon destin déplorable.
Ma Rivale joüit d’un sort trop favorable,
Et je souffrirois trop si je ne mourois pas,
Son bonheur m’a rendu le jour insuportable,
La nuit affreuse du trépas
Me paroît moins épouventable.
O Mort! venés finir mon destin déplorable,
Helas! funeste Mort, helas!
Pour les coeurs fortunés vous êtes effroiable,
Mais vos horreurs ont des appas
Pour un coeur que l’Amour a rendu miserable,
O Mort! venez finir mon destin déplorable.

Scene II.

Phinée, Merope.

PHINÉE.
Ce n’est point à des pleurs qu’il faut avoir recours,
Junon veut qu’aujourd’hui je me vange avec elle.
Iris, de son vouloir l’Interprete fidelle,
Vient par son ordre exprés de m’offrir son secours.
MEROPE.
Du secours de Junon que faut-il qu’on espere?
Persée a triomphé deux fois de son couroux.
PHINÉE.
Que ne pourra point sa colere
Unie à mon transport jaloux?
Heureux qui peut goûter une douce vengeance!
C’est l’unique esperance
Des malheureux Amans.
Pour servir ma fureur, on s’arme en diligence.
Mon Rival n’aura pas mon bien pour recompnse;
S’il triomphe de moi, c’est pour peu de momens;
C’est en vain qu’Andromede a trahi ma constance;
L’Amour est avec eux en vain d’intelligence,
Je briserai ses noeuds charmans.
L’Hymen me livrera l’Ingrate qui m’offense:
Elle a vû ma douleur avec indifference;
Je veux être insensible à ses gemissemens,
Et si je ne puis voir son coeur en ma puissance,
Je joüirai de ses tourmens.
Heureux qui peut goûter une douce vengeance!
C’est l’unique esperance
Des malheureux Amans.
Il faut nous éloigner du peuple qui s’avance
Ce superbe appareil, ces riches ornemens,
Tout ici de ma rage accroît la violence;
Allons hâter l’éclat de nos ressentimens.
MEROPE ET PHINÉE.
Heureux qui peut goûter une douce vengeance.
C’est l’unique esperance
Des malheureux amans.

Scene III.

Le Grand Prêtre du Dieu hymenée, Suite du Grand Prêtre, Cephée, Cassiope, Persée, Andromede, Troupe de Courtisans de Cephée, magnifiquement parez pour assister aux nôces de Persée et d’Andromede.

LE GRAND PRÊTRE.
Himen! ô doux Hymen! sois propice à nos voeux;
Viens unir ces Amans fidelles,
Viens les rendre à jamais heureux.
Pren soin de conserver leurs ardeurs mutuelles,
Allume en leur faveur les plus beaux de tes feux:
Que leurs coeurs soient comblés de douceurs éternelles;
Qu’ils soient toujours content, et toujours amoureux.
Charmant Hymen! que tes chaînes sont belles
Lorsque l’Amour en a forme les noeuds!
Himen! ô doux Hymen! sois propice à nos voeux;
Viens unir ces Amans fidelles,
Viens les rendre à jamais heureux.

Le Choeur répète ces trois derniers Vers.

Les Ceremonies du Mariage de Persée et d’Andromede, que le Grand Prêtre de l’Hyménée et sa Suite veulent commencer, sont interrompuës par Merope.

Scene IV.

Merope, et les mêmes Acteurs de la Scene précedente.

MEROPE.
Persée, il n’est plus temps de garder le silence;
J’avois cru vouloir votre mort.
Mais mon coeur avec vous est trop d’intelligence,
Et prête à me venger, je ressens un transport
Cent fois plus pressant et plus fort
Que le transport de la vengeance.
Votre Rival aproche, il en veut à vos jours,
Mille Ennemis vous environnent,
Evités leur fureur, servés vous du secours
Que les Dieux propices vous donnent;
Volez, et sauvés-vous par le milieu des airs,
Vous ne trouverés plus d’autres chemins ouverts.
PERSÉE.
Armons-nous, punissons l’audace des Rebelles.
MEROPE.
Sauvés-vous, profités de mes avis fidelles.
C’est à fuït seulement que vous devez songer.
PERSÉE.
Si les Dieux m’ont prêté des aîles,
Ce n’est pas pour fuït le danger.

Scene V.

Phinée, Suite de Phinée, et les mêmes Acteurs de la Scene precedente.

PHINÉE ET SA SUITE.
Persée; il faut perir, meurs, et laisse Andromede
Au pouvoir d’un heureux Rival.
CEPHÉE, PERSÉE ET LEUR SUITE.
Perfides, recevez le châtiment fatal
De la fureur qui vous possede.
TOUS LES COMBATTANS.
Cedez, cedez à notre effort;
Vous n’éviterez pas la mort;

Persée, Cephée et leur suite, poursuivent Phinée et sa suite.

CASSIOPE ET ANDROMEDE.
Quelles horreurs! quelles allarmes!
Dieux! soiez touchez de nos larmes.
TOUS LES COMBATTANS.
Cedez, cedez à notre effort.
Vous n’éviterez pas la mort.

Scene VI.

Cephée, Cassiope, Andromede.

CEPHÉE parlant à Cassiope.
Le soin de vous défendre en ces lieux me rapelle.
Craignez tout d’un Peuple rebelle;
Quel sang n’ose t’il point verser!
Un trait, que sur Persée on a voulu lancer,
A frapé votre Soeur d’une atteinte mortelle.
Junon, implacable pour nous,
Anime les Mutins de son fatal couroux.
Leur rage croît, leur nombre augmente;
Persée en vain toujours combat avec chaleur,
Que servent les efforts qu’il tente,
Le nombre tôt ou tard accable la Valeur.

Scene VII.

Phinée sa Suite, Persée, sa Suite, et les mêmes Acteurs de la Scene précedente.

PHINÉE ET SA SUITE.
Qu’il n’échape pas, qu’il perisse
Cet Etranger audacieux
Qui prétend regner en ces lieux:
CEPHÉE, CASSIOPE, ET ANDROMEDE.
Ciel! ô Ciel! soiez nous propice!
PHINÉE ET SA SUITE.
Qu’il n’échape pas, qu’il perisse.
CEPHÉE, CASSIOPE ET ANDROMEDE.
Défendés nous, ô justes Dieux?
PERSÉE parlant à ceux de son parti.
Ne craignez rien, fermés les yeux
Je vais punir leur injustice.

Persée, Pétrifie, Phinée et sa Suite, en leur montrant la tête de Meduse.

PERSÉE.
Voiés leur funeste suplice.
CEPHÉE, CASSIOPE ET ANDROMEDE.
Quel prodige! quel changement!
PERSÉE.
La tête de Meduse a fait leur châtiment.
Cessons de redouter la Fortune cruelle;
Le Ciel nous promet d’heureux jours,
Venus vient à notre secours,
Elle améne l’Amour, et l’Hymen avec elle.

Le Palais de Venus décend.

Scene derniere.

Venus, l’Amour, l’Hymenée, les Graces, les Amours et les jeux. Cephée Cassiope, Persée, Andromede, Troupe de Courtisans de Cephée, Troupe d’Ethiopiens et d’Ethiopiennes.

VENUS.
Mortels, vivez en paix vos malheurs sont finis
Jupiter vous protege en faveur de son Fils,
A ce Dieu si puissant tous les Dieux veulent plaire
Et Junon même enfin apaise sa colere.
Cassiope, Cephée, et vous heureux Epoux,
Prenés place au Ciel avec nous.
Les souverains destins ordonnent
Que des Feux éclatans toujours vous environnent.

Cephée, Cassiope, Persée et Andromede, sont elevez dans le Ciel, et des Etoiles brillantes les environnent.

Venus, l’Amour, l’Hymenée, et les Choeurs.

Heros victorieux, Andromede est à vous.
Votre valeur, et l’Hymen vous la donnent.
La Gloire et l’Amour vous couronnent.
Fût-il jamais un Triomphe plus doux!
Heros victorieux, Andromede est à vous.

Les Courtisans de Cephée, les Ethiopiens et les Ethiopiennes, témoignent leur joie par leurs danses.

Fin du cinquième, et dernier Acte.